L’ITALIE ENTRE RUSSIE ET OCCIDENT

Pour pouvoir analyser les relations économiques entre l’Italie et la Russie, il faut s’arrêter sur les relations politiques entre Rome et Moscou et sur leurs positions internationales.

Il faut rappeler que l’OTAN s’est formée en 1949 comme alliance militaire antisoviétique.
Depuis la chute de l’Urss, de nombreux anciens pays soviétiques ont rejoint l’OTAN puis l’Union européenne, et Moscou représente la principale menace géopolitique. L’élargissement aux anciens pays satellites n’a jamais été bien vu par la Russie . Cependant, les Russes se plaignent de cette expansion comme la volonté des États-Unis d’étendre leur influence.

Dans le but de rassurer la Fédération de Russie, l’Otan à cheval sur les années 90 et 2000 a impliqué la Russie dans des mécanismes de coopération, comme le Founding Act de l’OTAN-Russie de 1997 et plus tard avec la création du Conseil OTAN-Russie en 2002. C’est précisément dans ce cadre que les relations entre Rome et Moscou doivent être contextualités. L’Italie s’est toujours montrée ouverte au dialogue et à la coopération avec Moscou, en particulier avec le président du Conseil Silvio Berlusconi, qui a poussé à faire signer l’acte lors du sommet Otan de Pratique de Mer de 2002.

En effet, la relation d’amitié instaurée par Silvio Berlusconi et Poutine s’est révélée solide même lorsque les relations avec l’Occident ont commencé à se détériorer. Sous le gouvernement Prodi, l’Italie, avec la France et l’Allemagne, s’est montrée critique à l’égard de l’administration Bush et de l’installation du système de défense antimissile en Europe de l’Est.

Parallèlement à la position adoptée à l’égard de l’installation de missiles, la France et l’Allemagne s’opposent fermement à la proposition de Washington de faire entrer dans l’OTAN la Géorgie et l’Ukraine, en leur accordant le Plan d’action de l’OTAN (MAP), premier pas vers une adhésion future. Cette proposition, selon l’Italie, aurait détérioré inutilement les relations avec Moscou et n’aurait apporté aucun avantage à l’Alliance. Rome a reconnu les résistances de Moscou sur cette question mais, elle a adopté une position totalement opposée à la reconnaissance du Kosovo en tant que nation promue par les États-Unis en 2008 et à laquelle la Russie s’est opposée, en vertu de son alliance historique avec la Yougoslavie.


La reconnaissance du Kosovo en tant que pays a permis à la Russie de légitimer son intervention en Géorgie en faveur des régions séparatistes pro-russes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud en 2008. Ici aussi, l’Italie, comme le reste de l’UE et de l’OTAN, a condamné l’appui russe aux séparatistes,  en condamnant également la reconnaissance par Moscou de l’indépendance des deux régions par rapport à la Géorgie et relançant avec l’Union européenne le processus d’implication des anciennes républiques soviétiques (Azerbaïdjan, Géorgie et Arménie) dans les structures euro-atlantiques, par la construction du Partenariat Oriental (Eastern Partnership EP) en 2009. L’Italie a cependant cherché, en vertu de son amitié avec Moscou, à maintenir une attitude prudente vis-à-vis de l’acheminement des anciens Pays soviétiques pour éviter ainsi une aggravation des relations entre les deux pays. C’est précisément pour cette raison que Rome s’est activée pour une reprise rapide du dialogue avec Moscou, en trouvant l’appui non seulement de la France et de l’Allemagne, mais aussi des Etats-Unis, qui, à travers le président Obama, assuraient un rapprochement politique pragmatique à l’égard de la Russie.


Une autre situation d’équilibre précaire s’est créée au début de 2014, lorsque, en Ukraine, la C.E. La « Révolution orangé » a poussé l’ancien président Yanukovich a démissionner et à gouter le Pays à cause de la demande du peuple d’une plus grande intégration dans l’UE. La réaction russe se concrétisa par un soutien politique et militaire aux séparatistes des régions de Lougansk et Donetsk dans le sud-est de l’Ukraine et se termina par l’annexion de la péninsule de Crimée, faisant s’écrouler les relations avec l’ouest à des niveaux historiquement bas.


L’Italie, au même tirer que de autres pays européens et américains, a été ferme et résolue à condamner l’annexion de la Crimée et l’adoption du régime de sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie. Malgré sa condamnation ferme des actions de Moscou en Ukraine, Rome s’est engagée à ce que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) fasse respecter les accords de Minsk entre l’Ukraine et la Russie, La France et l’Allemagne y participèrent également.

Au sein de l’OTAN, l’Italie respecte tous les engagements qu’elle a pris, en garantissant toujours son soutien à l’Alliance atlantique et en participant constamment aux mesures de sécurité aux pays baltes et à la Pologne. Ces mesures prévoient l’affectation de forces aériennes et terrestres pour défendre l’OTAN et l’Europe contre une éventuelle agression, en augmentant la dissuasion de l’OTAN dans le cadre du Readiness Action Plan adopté lors du sommet de l’OTAN de Bruxelles en 2018. Toutefois, l’Italie n’a jamais renoncé à l’adoption de mesures visant à alimenter la confiance réciproque entre l’Otan et la Russie. C’est pourquoi, au sommet de Varsovie de 2016, elle s’est rendue promotrice avec la France, l’Allemagne et l’Espagne de la reprise des travaux du Conseil OTAN-Russie, en parvenant à la rotation des contingents multinationaux dans les pays baltes et à l’arrêt des ventes d’armes à l’Ukraine, évitant ainsi une nouvelle escalade.

Nous pouvons donc affirmer que l’Italie est le seul pays contrairement de ses alliés, où les logiques électorales et de politique nationale se détachent des logiques internationales. Malgré l’alternance politique et la succession de nombreux ministres des Affaires étrangères, les contacts entre les deux pays établis et consolidés avec l’arrivée de Silvio Berlusconi au gouvernement, ne se sont jamais interrompus, même dans les moments de tension les plus forts. Renzi participe au Forum économique de Saint-Pétersbourg en 2016, et il était le sul chef de gouvernement occidental présent.

Pour l’Italie donc la Russie reste un pays fondamental malgré les événements ukrainiens, en raison des excellents échanges économiques et énergétiques entre les deux pays et de l’intérêt pour résoudre des conflits dans des zones critiques comme l’Afrique du Nord. Mais il ne faut pas interpréter ce comportement comme un possible changement de camp de la part de Rome. Au cours de la dernière rencontre que le président Sergio Mattarella a eu avec Poutine à Rome a été réaffirmé comme l’Italie reste liée au système de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne, mais que cela n’affectera pas les relations avec Moscou puisque la Russie est un partenaire fondamental et stratégique pour l’économie italienne. Le président du Conseil Giuseppe Conte, qui a confirmé les rapports d’amitié et l’engagement du gouvernement à réduire les sanctions internationales proposées par l’UE, fait écho aux paroles de Mattarella. Il faut, cependant constater que les autres Pays européens suivent de prêt la relation entre l’Italie et la Russie tout en étant conscients de la position stable de l’Italie au sein de l’Otan et de l’UE. Car s’il est vrai que l’Italie ne peut renoncer ni à Washington ni à Moscou, dans le sens c’est inverse est pareil: l’Italie sert à tous les deux, complice en effet de l’affaiblissement de l’UE aux prises avec la brexit et la question migratoire non résolue. Dans les dossiers de Moscou et Washington, on trouve toujours l’Italie, du nœud énergétique, avec la course au gaz de la Méditerranée et la stratégie des gazoducs, à la crise libyenne, en passant par la Syrie, même si la position de Rome est plus définie.

 En tout cas l’Italie est toujours impliquée dans le match des deux superpuissances. Moscou et Washington jouent sur les mêmes tables, mais à l’opposé. Et au milieu il y a l’Otan, auquel l’Italie ne peut et n’a pas l’intention d’y renoncer.

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