LA DÉFENSE EUROPÉENNE PASSE POUR MOSCOU

L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche a inévitablement eu des répercussions en Europe. L’arrivee de l’excentrique milliardaire et de ses politiques ont amené les gouvernements européens, et en particulier la France, à réaffirmer qu’il n’y a plus de certitudes sur le maintien du parapluie militaire de Washington sur l’Europe.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré que, bien que des organisations comme l’OTAN soient encore nécessaires aujourd’hui pour garantir la paix et la stabilité internationale, L’Union européenne ne peut pas dépendre des États-Unis pour sa sécurité. De plus, il à ajouté, que pour le bien de l’Europe, il faut donner « plus de substance » à l’article 42.7 du traité sur l’Union européenne (sur la défense collective européenne), invoqué pour la première fois par la France en 2015 après les attentats terroristes.

La France et l’Europe ont pris note des nouvelles menaces du 21° siècle. «  Nous avons pris conscience de notre besoin d’être autonomes dans ce secteur », a-t-il ajouté, en confirmant que les organisations internationales sont essentielles, mais que leurs mécanismes internes devraient être revus en fonction des nouvelles menaces, et que le dialogue avec les États-Unis reste de première importance. Toutefois cela n’empêche pas les États européens de s’engager sur la voie de la coopération avec la Russie et la Turquie, continue Macron en soulignant qu’il faut résoudre la question ukrainienne et en s’opposent  à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

D’après les déclarations du président français, nous pouvons constater que Macron ne renonce pas à poursuivre le projet de faire de la France la première puissance militaire du bloc européen et le principal gestionnaire de la politique de défense européenne. La nouvelle structure européenne en appui de ce projet, qui voit l’avènement d’un axe franco-allemand à la tête de l’Europe. A Berlin, le contrôle financier de l’Europe et à Paris, la tâche de la défendre militairement.

La politique mise en œuvre par la France et l’Allemagne est le fruit des stratégies des gouvernements précédents au cours des dix dernières années. L’Allemagne a réussi à construire son leadership sur l’économie, se présentant toujours comme un colosse économique et non militaire, à l’inverse de la France qui n’a jamais renoncé à l’esprit de « grandeur ».,et qui a toujours nié considérer ses forces armées comme faisant partie intégrante de sa politique internationale.

Il y a cependant de nombreux facteurs qui aident Paris à mener à bien son projet politique. Le premier de ces facteurs est l’éloignement progressif des États-Unis et le désintérêt de Trump pour la défense de l’Europe. Dans une interview, c’est Trump même qui souligne que les États européens doivent s’engager davantage dans le financement de l’OTAN et que les États-Unis ne sont plus disposés à investir dans l’OTAN ce qu’ils ont investi jusqu’à présent, Il a également précisé que les nouveaux accords entre les États européens et la Russie poussent Trump à demander à l’Europe de choisir avec qui elle veut être, avec Washington ou avec Moscou.

C’est précisément cette question qui a poussé le président Macron, en vertu du nouvel ordre européen, à opter pour une troisième voie, c’est-a-dire la création d’un bloc continental européen. Toutefois, cette alternative n’est pas appréciée du Pentagone et par certains pays de l’OTAN, en particulier de ceux de l’Europe occidentale. Trump, en revanche, partage cette option car elle libérerait les États-Unis de défendre l’Union européenne.

Les raisons qui poussent la France vers ce nouvel ordre européen ne sont pas seulement extérieures à l’Europe, mais aussi internes. Avec la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, avec l’Italie qui regarde au-delà de Bruxelles et avec le groupe de Visegrad qui déplace l’Europe de l’Est, Macron cherche à créer un noyau européen lié à son leadership. Et c’est précisément à ce moment-la que l’Allemagne entre en jeu. En effet après avoir relevé un défi politique et économique avec les États-Unis, elle veut donner le coup final à l’assaut mis en place par Trump, avec les sanctions contre le gazoduc North Stream 2 et la menace continue de droits de douane sur les produits européens.

C’est également dans cette perspective qu’il faut observer l’ouverture à l’égard de Moscou. Macron et Merkel ont tous les deux déclaré qu’il faut surmonter et tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide, et que le projet de défense européen et la discussion qui en résulte ne peut pas ne pas impliquer la Russie. Il s’agit des déclarations qui (si l’on ajoute à la nouvelle entente franco-russe sur l’aide humanitaire en Syrie), montrent l’ouverture d’un canal préférentiel Paris-Moscou et la fermeture du canal avec l’Otan

Comment l’Italie se situe-t-elle face à la nouvelle structure franco-russe?

Le gouvernement italien s’est montré attentif à la proposition française mais, malgré cela, il ne semble pas prêt à suivre l’idée d’une Europe telle que théorisée par Macron. La raison est claire : l’Europe de Macron est une entité composée seulement de deux acteurs, qui exclure par conséquent les autres pays européens. De plus, une défense européenne existe déjà, et c’est la Pesco, dont le gouvernement italien est déjà membre.

Le Premier Conte a en effet redessiné la politique étrangère italienne, en rappelant plusieurs fois au lien euro-atlantique comme élément pivot pour renouer les relations avec l’Union européenne et avec l’OTAN, et sur lequel fonder la défense européenne.

La route sur laquelle le gouvernement italien entend procéder est très claire et passe par la défense des intérêts nationaux, dans le cadre d’un multilatéralisme efficace et fondé sur la place italienne dans le cadre euro-Atlantique et sur une nouvelle intégration européenne. Le multilatéralisme exclut le souverainisme et conduit à la création d’un groupe européen uni et cohésif pour défendre la nouvelle législature européenne.

Contrairement à ce que souhaite le Premier ministre du Conseil italien Conte, nous trouvons une Europe divisée. D’une part, la France et l’Allemagne, super puissances prêtes à tout pour obtenir le leadership politique et économique et surtout militaire de l’Europe, avec le soutien de Moscou, en se détachant au moins en partie de l’OTAN et de la défense américaine du continent.

D’autre part, nous trouvons l’Italie, un pays où le chaos politique interne ne semble pas altérer le principe du multilatéralisme international. Rome poursuit en effet sa ligne d’ouverture politique et économique vis-à-vis de la Russie, sans jamais remettre en cause son positionnement euro-atlantique et sa volonté de créer une plus grande intégration européenne.

Nous pouvons donc conclure en observant que la France et l’Italie sont sur des positions différentes en ce qui concerne la construction de la défense européenne, mais ils sont d’accord pour surmonter les frictions de la guerre froide et impliquer davantage la Russie dans les questions politique-économiques.

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